Comment expliquer la hausse des prix de l’énergie ?
4 novembre 2021
La hausse du prix de l’énergie concerne notamment la hausse du prix du gaz et de l’électricité, qui est le résultat de plusieurs facteurs survenant aussi bien du côté de la demande que de l’offre.
Du côté de la demande, hausse de la consommation en gaz et en électricité.
La reprise progressive de l’économie européenne a augmenté la consommation d’électricité. Durant l’été 2021, la hausse des températures dans le sud de l’Europe, notamment en Espagne, a renforcé les besoins. Il a fallu brûler beaucoup de gaz pour produire l’électricité indispensable à la climatisation par exemple.
Du côté de la consommation en gaz, on remarque non seulement une hausse de la demande au niveau de l’Europe mais également au niveau mondial. En Europe, avec la hausse du prix du CO2 et la baisse des productions issues des énergies renouvelables, qui ont été inférieures à la moyenne, la demande en gaz n’a cessé d’augmenter. Cela s’explique par la sollicitation plus importante des centrales à gaz que les centrales à charbon. Dans le but de satisfaire le reste de la consommation électrique européenne.
Au niveau mondial, la forte demande en gaz de la part des pays asiatiques, notamment de la Chine où les usines tournent à plein régime, a contribué fortement à la hausse de la demande en gaz. En effet, la production électrique à partir des centrales à charbon a baissé de 15% en faveur des centrales à gaz afin d’honorer l’engagement climatique de la Chine. Ceci a eu pour conséquence la flambée des prix du gaz sur les marchés internationaux. Entraînant ainsi des répercussions en Europe, car les pays producteurs de gaz comme la Russie et les États-Unis y voient là un coût d’opportunité temporaire.
Du côté de l’offre, une quantité de gaz limitée
La hausse du prix de l’électricité est expliquée en partie par une offre de gaz limitée. En effet, le marché de l’électricité est lié au marché du gaz car le prix de l’électricité est indexé sur le prix du gaz. Sur les marchés électriques européens, les centrales à gaz servent d’étalon pour fixer le prix sur le marché de gros. Le gaz représente seulement 19,7 % du mix électrique européen et 6,9 % de la production française. Avec 67,1 % d’électricité nucléaire, la France devrait être moins exposée à cette hausse des prix. Pourtant, les marchés européens du gaz et de l’électricité interconnectent les États membres. Une hausse du prix du gaz entraîne donc celle du prix de l’électricité dans toute l’Europe.
Mais pour comprendre les enjeux qui entraînent la limitation de l’offre en gaz, il est important de connaître d’où provient le gaz consommé en Europe et en France.
D’où provient le gaz en Europe et en France ?
L’Europe produit 30 % du gaz qu’elle consomme, notamment au Danemark, aux Pays-Bas et en Roumanie. Elle importe les 70 % restants depuis des pays tiers, par gazoduc ou par méthanier.
Le gaz acheminé par gazoduc représente 90 % des volumes importés en Europe. Il provient principalement de Russie (40 %) et d’Algérie (10 %). La Libye, l’Iran et l’Azerbaïdjan complètent ces approvisionnements.
Les 10 % restants arrivent sous forme de gaz naturel liquéfié par voie maritime. Les méthaniers viennent notamment du Qatar, des États-Unis, du Canada, du Nigéria, du Pérou et d’Australie. Trinité-et-Tobago et l’Algérie fournissent également une partie de ce gaz.
En 2020, la France importait principalement son gaz de Norvège, selon le ministère de la Transition écologique. La Norvège représentait 36 % des importations françaises, contre 20 % pour la Russie. Les Pays-Bas et le Nigéria représentaient chacun 8 % des importations. L’Algérie en fournissait 7 % et le Qatar 4 %.
Ces chiffres montrent qu’en 2020, la France dépendait moins du gaz russe que certains pays d’Europe de l’Est. Ces derniers importaient alors jusqu’à 90 % de leur gaz depuis la Russie.
Mais pourquoi l’offre de gaz est-elle limitée ?
L’offre de gaz en Europe est limitée par des facteurs météorologiques, techniques et géopolitiques alors que les besoins augmentent.
Le marché européen
Durant l’hiver dernier, les stocks européens de gaz ont fortement diminué. Cette situation a laissé peu de marge pour l’hiver suivant. La production européenne décline également en raison de l’épuisement des gisements de gaz en mer du Nord.
Les tensions géopolitiques limitent aussi les importations de gaz russe par gazoduc. Elles opposent notamment la Russie, l’Europe et les États-Unis autour du projet Nord Stream 2. Ce gazoduc de 1 230 kilomètres devait alimenter l’Europe en passant par la mer Baltique.
Gazprom, entreprise détenue pour moitié par l’État russe, finançait 50 % du projet. Des entreprises européennes, notamment Engie, Uniper et Shell, finançaient la moitié restante. Avec Nord Stream 1 et Nord Stream 2, les capacités d’acheminement vers l’Europe devaient doubler.
L’Allemagne constituait la principale bénéficiaire du projet. Elle comptait sur le gaz russe pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables et abandonner progressivement ses centrales à charbon. Nord Stream 2 devait également faire de l’Allemagne une plateforme majeure du gaz russe.
Cette perspective mécontentait notamment l’Ukraine et la Pologne. En contournant leurs territoires, le projet risquait de les priver des revenus générés par les gazoducs.
Le marché américain
De leur côté, les États-Unis avec leur gaz de schiste veulent conquérir le marché européen et concurrencer le gaz russe. En exportant leur gaz les Américains peuvent augmenter le prix de leur baril au sein de leur pays, leur permettant ainsi de générer plus de profits. Seulement, bien que le gaz américain soit moins cher à la production que le gaz russe, la liquéfaction et le transport le rend plus cher. Par conséquent, l’acquisition du marché européen reste un peu plus difficile pour les Américains.
Ainsi à partir de 2019, les États-Unis sous prétexte de dénoncer une dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie sanctionne les entreprises européennes qui ont contribué de près ou de loin au projet Nord Stream 2, une sanction à laquelle la Pologne et l’Ukraine étaient favorables et que le reste des pays européens qualifiait de concurrence déloyale. Ceci a suscité des tensions au sein même des pays de l’Europe retardant ainsi la construction du gazoduc. Ces évènements politiques constituent un frein à l’approvisionnement en gaz en Europe alors que la demande est en forte hausse, d’où une flambée des prix sur le marché du gaz en Europe. La construction du Nord Stream 2 a été achevée par la Russie en septembre dernier et sera opérationnelle au cours de ce mois-ci, en espérant que cela stabilisera les prix du gaz prochainement et en amont le prix de l’électricité.
Cette hausse du prix de l’électricité impacte les prix de détail payés par les consommateurs finaux du fait que l’énergie consommée représente 1/3 de la facture finale des consommateurs. Mais le fait que cette hausse se pérennise ou non dépendra des conditions météorologiques des temps à venir, ce qui est très difficile à prédire. Cette hausse influence aussi les choix individuels et les habitudes de consommation. Découvrez comment le prix de l’énergie et les politiques publiques modifient nos comportements d’achat.
Quid du côté d’Energie d’Ici ?
- Comme tous les producteurs d’énergie, nos producteurs ont souffert de la baisse de la consommation lors des confinements liés au Covid-19. Ils ont dû mettre certaines centrales à l’arrêt. Tout en maintenant leurs équipes de production (environ 300 salariés interviennent chez nos producteurs pour entretenir les centrales). Avant de subir la forte hausse de consommation (voir l’article plus haut)
- Ils ont également subi une hausse des coûts de matières premières. Ainsi qu’un retard des opérations de maintenance, qui ont eu pour effet d’augmenter le coût moyen de la production.
- Énergie d’ici est la « boutique vitrine » des producteurs. Ce nouveau prix bénéficie directement aux producteurs pour pérenniser leurs activités et la développer au regard du contexte actuel.
- Pour convaincre de nouveaux producteurs de nous rejoindre, il faut qu’on leur propose un prix en adéquation avec leur coût de production.
- Énergie d’ici, c’est une structure juridique qui appartient aux producteurs. Ils l’utilisent pour vendre leurs productions en direct à leurs adhérents. C’est le principe de l’agriculteur qui vend sa production sur le marché. Ils fixent eux même le prix de l’énergie commercialisée en adéquation avec leurs coûts.
- Nous maintenons un tarif qui reste compétitif afin que nos adhérents conservent également un avantage à leur achat direct d’une énergie renouvelable produite localement.